Légende racontée par M. Rosaire Connelly, dans le cadre du projet Sheueu : Échos de nos chants, contes et légendes qui a donné lieu à une exposition temporaire au Musée ilnu de Mashteuiatsh et à un CD.
C’est une légende racontée par mon père lorsque nous étions dans le bois autrefois. Il l’a probablement entendue étant jeune.
Autrefois, les indiens étaient montés en forêt. C’était un jeune homme qui épousa la fille d’un ainé. Ensemble, ils montaient en forêt à l’automne. Ça faisait 2 ans qu’ils étaient mariés et n’avaient qu’un seul enfant, un garçon de 2 ans.
Ils remontaient la rivière. Je ne peux pas vous dire comment ils se nommaient. Ils se sont tentés tous ensemble, là où se situait le terrain de chasse de l’ainé.
L’ainé dit à son gendre : « Si tu veux remonter la rivière pour chasser, c’est plus beau plus loin en aval. » Ils restèrent ensemble pendant une semaine.
Le jeune homme, sa femme et leur enfant embarquèrent dans le canot, remontant la rivière. Après 5 heures, ils se campèrent près d’un portage. Il dit à sa femme : « On s’installera ici pour 2 ou 3 jours. Je vais visiter les lieux. » Ils étaient campés là depuis 2 jours quand le jeune homme partit inspecter les lieux.
Quant à la femme, durant la journée, elle vaqua à ses occupations. Elle cuisina, puisa l’eau, fit du bois de chauffage. Dans l’après-midi, elle construisit un berceau dehors où elle l’endormi en le berçant. Elle continua à travailler. Vers la fin de la journée, elle trouva curieux que son enfant ne s’était pas encore réveillé. Se dirigeant vers le berceau, l’enfant n’y était plus. Elle le chercha partout aux alentours du campement tout en pensant qu’il était peut-être allé quelque part ou même qu’il était tombé, mais en vain. Elle ne le trouva pas.
Quand le jeune homme arriva, elle lui raconta qu’elle avait perdu l’enfant. La dernière fois, je le berçais. « Je ne l’ai pas trouvé, je l’ai cherché près d’ici, je n’ai vu aucune trace. » Le mari se mit à le chercher aussi un peu plus loin. Il ne le trouva pas, ni même des traces de l’enfant. Il se disait qu’il était peut-être mort ou même qu’un aigle était venu le prendre.
Après 3 jours, ils longeaient un lac pendant 2 heures. Plus loin, il voyait une baie, débarquèrent là où il y avait un peu de sable pour y manger, il était midi. Après le diner, ils décidèrent de se promener. À un endroit où il y avait du sable, ils aperçurent 2 traces comme celles d’un enfant qui semblait avoir passé par là. C’était la trace d’un pied d’enfant. Ils pensèrent que ça pouvait être un petit ours. Le jeune homme se mit à chercher près de l’endroit où ils avaient dîné, mais ne découvrit rien.
Après le diner, il dit à sa femme : « Nous allons nous camper ici. Je vais voir si je pourrais encore trouver des traces. » Il se doutait que ce n’était pas une trace d’ours, car celui-ci pouvait être reconnaissable sur le sable. Ils se campèrent là. Le lendemain, il le chercha mais ne le trouva pas.
Il tendit ses pièges pour amasser les peaux. L’automne arriva, ça faisait un ou deux mois qu’ils avaient perdu leur enfant. C’était en octobre. Le jeune homme ne chercha plus que l’ours, il ne chassa plus. L’hiver arriva, c’était au mois de janvier.
L’enfant raconta que l’ours amassait tout ce qu’il avait chassé, la viande emmagasinée fût mise dans une poche semblable à un sac de chasse qu’utilisaient les chasseurs. L’enfant croyait qu’il était humain, il l’appela Grand-père.
Le mari passait tout son temps à la recherche de son fils. À tous les jours, il se promena. Avec un morceau de bois, il piqua le sol afin de trouver une tanière d’ours.
L’ours disait à l’enfant: « Ton père nous recherche, il passe tout son temps à le faire. » L’homme ne chassa plus, il voyait des gibiers, mais ne fit rien. Il ne pensa qu’à l’ours. Il se douta que son fils se trouvait avec lui.
Au mois de janvier, le matin avant de partir, le mari dit à sa femme : « J’ai rêvé. C’était comme si je tenais un enfant dans mes bras. J’irai vers la tanière d’ours. » Et il partit à sa recherche.
Après l’enfant racontait que son grand-père l’ours disait que son père n’était plus très loin. À l’intérieur de la tanière, l’ours dégageait une chaleur comme si on avait rempli le poêle de bois. L’ours avait très chaud, de la vapeur sortait de lui. Il créa ainsi de la neige afin d’en être recouvert pour se cacher. C’est ce que l’enfant racontait.
« Ton père est tout près », dit-il à l’enfant. Ils étaient en novembre, un peu de neige couvrait le sol et il ne l’avait toujours pas retrouvé.
Il marcha vers le flan de la montagne pour tendre des pièges. En chemin, il vit qu’il y avait un lac. L’hiver arriva, ça faisait longtemps qu’ils étaient campés à la même place. Il recherchait toujours son enfant, se disant que peut-être on l’avait enlevé.
Ça faisait 2 à 3 jours qu’il prenait le même chemin pour visiter ses pièges. Un soir, il décida de prendre un chemin plus direct. Il prit une grosse montagne coupée carré.
Il aperçut des branches de sapins cassées. Elles n’étaient pas cassées de la même manière qu’un homme le ferait, mais comme un ours le ferait pour ne pas être découvert. Il se disait que ce n’était pas un homme qui aurait pu casser les branches de sapins. Il trouva une tanière d’ours et les branches de sapins juste à côté. L’ours dit à l’enfant : « Il va nous retrouver, il faut se sauver. » Déjà, l’ours parlait à l’enfant. Ce dernier, croyant que c’était un humain, l’appela Grand-père. « On va changer de place, ton père risque de nous retrouver. » Ils repartirent encore vers la grosse montagne coupée carré. Ils construisirent une tanière et ils y entrèrent. Après avoir remarqué la façon dont les branches furent cassées, il était presque certain que c’était son fils.
Le jeune homme retourna chez-lui, il raconta à sa femme ce qu’il avait découvert : « Je pense que c’est quelqu’un qui a enlevé notre enfant, dit-il. J’ai seulement vu les traces d’ours sur le sable. Je le chercherai, c’est peut-être l’ours qui l’a enlevé. »
Avec son bois, il piquait le sol et trouva la tanière. « Ton père nous a retrouvé », dit-il l’enfant. Avec sa pelle, le jeune homme dégagea le trou. L’enfant, lui, croyait qu’il était dans une tente. « Ton père veut me faire sortir », dit-il. De l’intérieur, il aperçut le bout du bâton. Le jeune homme utilisa son bâton, tenta de toucher l’ours pour qu’il puisse sortir. Il toucha le sac dans lequel la viande fût amassée et de là, l’ours sortit de sa tanière et le jeune homme récupéra son fils.