Une société d’histoire et d’archéologie qui se distingue
Publié le 21 mai 2026
Par Pierre Gill
Madame Lise Gill s’est intéressée très tôt à ses origines et au patrimoine de sa nation. Le lieu de ses racines, de son vécu, c’est le Pekuakami. « Je suis une kukum de quatre petits-enfants et mon lieu permanent, c’est le Pekuakami. Je cherche toujours à y revenir. » Mme Lise Gill est demeurée à Mashteuiatsh jusqu’à l’âge de 17 ans, à la fin de ses études secondaires, avant de poursuivre ses études à l’extérieur.
Ex-présidente du conseil d’administration de la Société d’histoire et d’archéologie de Mashteuiatsh, Mme Gill rappelle l’importance de la création de cette société et du rôle qu’elle a joué dans le processus de création du Musée ilnu de Mashteuiatsh. « Je pense qu’il était nécessaire de créer une Société d’histoire pour, par la suite, créer l’institution comme telle, le musée », raconte-t-elle. « La Société d’histoire et d’archéologie de Mashteuiatsh apporte quelque chose de différent par rapport aux autres sociétés d’histoire. Dans la région, il y a des sociétés d’histoire et de généalogie, mais il n’y a qu’une seule société d’histoire et d’archéologie, et c’est celle de Mashteuiatsh. Parce qu’avant l’histoire, avant la colonisation, il y avait ce que j’appelle une préhistoire; c’est une histoire avant l’histoire. »
Mme Lise Gill se souvient de son enfance près du Pekuakami. « Quand j’étais jeune, on allait peu en territoire à l’extérieur mais le canot était toujours prêt à côté de la maison. Le lac, pour nous, Shakahikan, c’était surtout l’été, les grandes promenades en canot, c’était la pêche, c’était embarquer toute la famille dans le canot et faire quelques kilomètres pour aller se tenter sur le bord du bois. Papa montait la tente, puis on s’installait pour plusieurs semaines, presque tout l’été, dans le secteur qu’on identifie aujourd’hui comme étant la plage Robertson. » Dès lors, son intérêt pour sa culture se manifeste et pour toujours, le Shakahikan fera partie de sa vie.
Mme Lise Gill a été membre de la Société d’histoire et d’archéologie de Mashteuiatsh pendant quelques années avant d’accéder à sa présidence. Son intérêt pour le musée ilnu et ses collections a toujours été de premier ordre. Les trésors qui s’y retrouvent sont pour elle, d’une très grande valeur : « Avez-vous une idée du nombre d’artefacts qu’il y a au musée? Autour de 43 000 objets archéologiques. C’est une richesse incroyable. On n’est pas très conscient de cette partie-là de la richesse. Ils sont tous des témoins de l’histoire, de la préhistoire », précise-t-elle. « Puis on connaît un peu l’histoire de la hache qui a été retrouvée, une hache qui a plus de 6000 ans. Ce sont nos racines profondes, celles des Premiers peuples d’ici! On était là avant. Puis la société, par ses archives, contient énormément de matériel comme ça. C’est incroyable! Et la société aussi, par les archives du musée, possède autour de 10 000 photos anciennes et plus récentes. »
Pour Mme Lise Gill, l’apport de Mme Carmen Gill-Casavant demeure essentiel et fondamental. « Mme Carmen avait compris cette urgence-là de conserver et de mettre en valeur les objets, les mots, les chants, les techniques aussi, les techniques de broderie, la fabrication des raquettes, avec pour valeur, la beauté. C’est la beauté, l’harmonie des œuvres, parce que si on va encore au musée aujourd’hui, puis on regarde les vêtements qui ont été brodés par les gens d’ici, la veste des chefs, le costume de la princesse des bois, les objets sont beaux. Les techniques de tannage de la peau ont donné des résultats extraordinaires, les broderies sont belles, les raquettes en babiche semblent ordinaires, puis ce sont des œuvres d’art. Pour Mme Carmen, mettre en valeur et montrer au reste du monde la beauté de ces objets-là, c’était fondamental. »
L’artiste et artisan Denis Blacksmith a travaillé au Musée ilnu de Mashteuiatsh durant plusieurs années. Il pose avec la hache de 6000 ans découverte à Mashteuiatsh en 2017. (Photo Pierre Gill)
Les premiers artisans du musée furent les voisins de Mme Casavant, M. Jean-Baptiste Bégin et Mme Juliette Kurtness. « Je les vois encore assis, ma tante Carmen est assise à côté d’eux, elle les regarde travailler, M. Jean-Baptiste qui fait des raquettes avec sa belle babiche très fi ne, qui fait des motifs à l’intérieur de sa raquette, et Mme Juliette qui brode. Puis par la suite, Mme Manigouche, Catherine, Bernadette Raphaël, qui est encore avec nous, c’est une richesse incroyable. Et plusieurs artisanes et artisans de la communauté ont rapidement créé une espèce de petit réseau d’artisans. »
M. Jean-Baptiste Bégin et Mme Juliette Kurtness furent parmi les premiers artisans à partager leurs connaissances au Musée ilnu de Mashteuiatsh. (Photo archives de la SHAM)
Selon Mme Lise Gill, c’est ce qui fait qu’aujourd’hui encore, les jeunes s’intéressent à l’art et à l’artisanat. Les jeunes brodent encore de nos jours et tout ce partage de connaissances est attribuable au Musée ilnu de Mashteuiatsh et à la Société d’histoire et d’archéologie qui, par l’initiative de Mme Carmen Gill-Casavant, a pu faire connaitre au monde, la beauté des objets fabriqués par les Pekuakamiulnuatsh.

