Cinquante ans à la sauvegarde du patrimoine ilnu

Publié le 21 mai 2026

Par Pierre Gill

L’année 2026 marque le cinquantième anniversaire de la Société d’histoire et d’archéologie de Mashteuiatsh. Fondée en 1976, cette société s’était donnée pour mission de sauvegarder le patrimoine culturel ilnu, en favoriser le développement et la promotion et en assurer la transmission. Dans un article paru dans le périodique Nikant de mai 1978, on retrouve le nom des gens de la communauté de Mashteuiatsh qui formaient l’un des premiers conseils d’administration de la Société. Il s’agit de M. Raymond Robertson, Mme Gaétane Paul, M. Réal Paul, Mme Marthe Gill, Mme Marcelle Gill, M. Marc Gill et à titre de représentante du Conseil des Montagnais de l’époque, Mme Thérèse Raphaël.
Ces administratrices et administrateur étaient volontaires et avaient pour tâches d’administrer les budgets octroyés notamment par le ministère des Affaires culturelles du Québec, pour le fonctionnement désormais reconnu du Musée ilnu de Mashteuiatsh. La Société devait également établir les grandes lignes et politiques de l’organisation et de procéder à l’embauche des premiers employés.
Réduit à un effectif minimal pour offrir à la population le culte de la religion, les Oblats avaient été relocalisés dans une nouvelle et modeste construction entre l’église et l’ancien presbytère, vers 1974. Construit en 1889, l’ancien édifice avait été laissé à lui-même et s’est retrouvé dans un piteux état. Grace à des projets subventionnés, l’édifice en question a été entièrement rénové notamment grâce à l’intervention du conseil de bande de l’époque, composé du chef Aurélien Gill, et des conseillères et conseillers Claire Launière, Raymond Valin, Camil Duchesne, Harry Kurtness, Réal Philippe et Georges Bacon.

 

 

Les vitrines exposent les magnifiques pièces artisanales créées lors de la fondation du Musée ilnu de Mashteuiatsh.

L’une des figures marquantes, dès le départ, fut certes Mme Carmen Gill-Casavant, elle-même instigatrice de cet immense projet de doter la communauté de Mashteuiatsh et la Première nation des Pekuakamiulnuatsh d’un lieu de conservation et de diffusion. Elle fut de tous les combats, de toutes les actions et de tous les projets. Elle tenait à ce que le patrimoine de la Première nation soit préservé, et que les artistes et artisans puissent partager leurs incommensurables connaissances de leur culture. Elle a monté des projets pour faire concevoir une impressionnante collection d’articles usuels avant même la création de l’institution muséale. Par son dynamisme et sa persévérance, cette grande dame sera passé à l’histoire comme étant la fondatrice de cette institution. Dans un article publié dans le journal Progrès-Dimanche du 14 décembre 1975, avant même la création du musée, il est question de ces projets du Programme d’initiative local (P.I.L.) : « Le premier projet intitulé Recherche, consignation et reconstitution d’aspects culturels des Indiens montagnais du Lac-Saint-Jean visait à reconstituer, à répertorier et la retrouver des recettes, des objets ainsi que des costumes montagnais utilisés par les Indiens de Pointe-Bleue il y a environ 100 ans. Cinq femmes indiennes s’affairent à reproduire l’artisanat d’autrefois » mentionne la journaliste Constance Paradis. L’autre projet visait « la création de meubles rustiques afin de meubler la salle communautaire du presbytère. Sept personnes de Pointe-Bleue s’affairent à recréer des meubles indiens d’après les croquis de M. Jean-Claude Paul », précise l’article.

Le Musée ilnu de Mashteuiatsh a ouvert ses portes en 1977, dans l’ancien presbytère des Oblats, complètement rénové. (Photo Pierre Gill)
L’un des premiers employés était un étudiant qui, dès l’été 1975, venait coordonner des projets et servir d’assistant à la direction en vue de la création du musée, situé à l’intérieur de l’édifice reconverti. Pierre Gill se souvient de cette époque où tout était à bâtir : « Les salles du premier plancher servaient de musée à l’époque. Une partie était réservée à l’administration et l’autre au musée proprement dit. Sur les étages supérieurs, les hommes et les femmes travaillaient sur des projets. Puis, précisément le 5 juin 1977, nous procédions à l’ouverture officielle du musée. L’année suivante, 20 000 visiteurs avaient franchis les guichets, ce qui était énorme à l’époque. J’ai poursuivi mes études pour terminer en 1981, puis m’installer ensuite au musée pour travailler à titre d’assistant à la direction à temps plein jusqu’en 1988. »

La table du Conseil – Une œuvre remarquable réalisée aux premières heures du Musée ilnu.
Pierre Gill ajoute qu’année après année, le musée a vu se constituer un impressionnant centre d’archives qui à bientôt fait en sorte que l’institution devienne une référence dans le domaine : « On est rendu avec une société qui possède des documents d’une extrême importance pour la communauté, ce qui fait que quand les générations futures vont s’intéresser à l’histoire, on aura apporté cette contribution-là de pouvoir constituer une banque d’information qui est intéressante et importante ».

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